J'ai toujours regretté d'avoir accidentellement effacé ce message que j'avais rédigé furtivement sur mon portable assise sur le canapé à tes côtés, comme s'il était utile de l'écrire ici, histoire d'évacuer ma peine. Ce texte, je ne m'en suis jamais vraiment souvenue, mais malgré tout, je sais ce qu'il évoque, et parfois j'y repense. Pourtant, je n'ai jamais pu le reproduire pour la simple et bonne raison qu'il ne serait jamais aussi évoquant et sincère que l'original. Il y a des moments comme maintenant, allongée sur mon lit, la tête soigneusement engouffrée dans ces deux gros oreillers qui n'ont pas servi qu'à moi et dont j'ai eu la gentillesse de prêter mon préféré, une jambe sous la couette et l'autre au dessus, où j'ai besoin de discuter seule. Discuter seule? C'est bien paradoxal, un oxymore comme le définit la littérature ou alors peut-être un problème lié à la schizophrénie d'après le monde psychiatrique. Non, je vous rassure je ne parle pas seule, j'écris. Passons. C'est le portable en main encore une fois, juste après la lecture d'un roman écrit par une mère divorcée, que j'étale moi-même des mots anodins. Ceux qui me connaissent, savent que malgré mes études littéraires, je n'ai jamais aimé lire -enfin presque jamais-. J'ai même essayé une fois de dévorer un bouquin de 500 pages que ma meilleure amie m'avait prêtée, juste parce que j'aimais voir ses étagères remplies de livres et qu'elles me donnaient envie de me les approprier. Bien sûr, j'ai mis tout l'été avant d'abandonner lâchement. "Ah je me doutais que tu n'aimerais pas." Non, bien sûr que non! J'aimais l'histoire et ces personnages auxquels s'identifiait si bien mon entourage ou même moi! La lecture n'est simplement pas mon dada. Qu'est-ce que je disais déjà? Ah oui, mes mots anodins. J'ai mes pensées sous encombres. Il est 23h41 et je compte péniblement le peu de temps qu'il me reste à dormir jusqu'à 05h30, avec l'angoisse de débuter une autre semaine intensive et déstabilisante. D'ailleurs, je ne sais pas concilier relations et travail. Je préfère donner tout ce que j'ai aux autres dans mon milieu professionnel que de profiter de tout ce que je peux bénéficier au niveau personnel. Si je me dis ça, c'est qu'on me l'a déjà en quelques sortes reproché. Dans le fond, c'est peut-être aussi à cause de moi tous ces éloignements, car moi-même je préfère passer mes week-ends seule qu'avec de vieux amis qui ont trop changé ou des nouveaux qui ne me correspondent pas. Tout ça c'est une histoire de longueur d'onde, et je crois bien que moi, j'ai déraillé depuis un moment. Des sourires forcés, il m'est arrivé d'en faire souvent, mais ils ne sont jamais passés comme normaux. Pour faire diversion j'avais l'habitude de mettre ça sur le dos d'une certaine fatigue qui ne m'habitait même pas et je cernais dans leurs regards que je passais alors pour une fille étrange. C'est toujours la même chose. To be continued...
